Chère lectrice, cher lecteur,
Quand je reçois des critiques, j’en fais généralement abstraction, et je vous en fais rarement part. Après tout, les actualités sont souvent bien assez sombres pour que j’évite de vous polluer gratuitement avec de "mauvaises ondes".
Et puis, quand on tient une chronique comme celle-ci, qui s’adresse au grand public, on doit toujours tenir un juste milieu. Vous trouverez toujours des personnes qui sont plus radicales et d’autres plus mesurées que vous.
Donc, par principe, impossible de ne faire que des contents. Il faut se résoudre à prendre des coups.
Toutefois, j’ai reçu récemment une critique farouchement négative d’une jeune dame dont la profession d’orthophoniste aurait dû m’assurer d’une certaine qualité intellectuelle qui, pourtant, n’était pas au rendez-vous.
Parce que je me montrais critique devant une société qui n’est guère tendre avec ses membres, cette mauvaise coucheuse m’a dit que ma voix n’a guère d’importance, car "je parle comme un vieux" !
« Si nous sommes assez nombreux, nous paraîtrons intelligents »
Cette jeune dame préfère sans doute les babillages toujours frais de ses patients, qui sont des petits-enfants. Et j’en rirais si elle n’avait pas un avis si courant...
Être critique, ne pas vous laisser faire, faire preuve d’intelligence, travailler sur soi, réfléchir à l’avenir : tout ça n’a plus guère la cote chez une partie importante de la population, et spécialement les moins de 40 ans.
Il faut dire que dans toutes les classes d’âge, la matière grise a été entièrement dévorée par ces petits appareils qu’on appelle des téléphones intelligents.
Or ceux-ci ont été conçus que pour vous soulager de toute réflexion, afin que vous acceptiez de voir votre existence menée à votre place. Et nous avons échoué à en protéger nos proches.
Maintenant, nous devons payer la note...
Un raz-de-marée de bêtise
Le fait est que notre civilisation risque de chavirer tant est déchaîné l’océan de bêtise satisfaite qui nous environne.
Surtout, je vois beaucoup de gens qui sont désormais fiers de se montrer bêtes et qui enragent dès que vous leur parlez de quelque chose qu’ils ne comprennent pas au lieu de vous demander simplement des explications.
Bien sûr, ils ne croient pas dans l’autorité d’un médecin ou de n’importe quel professionnel. Ils sont aussi les enfants de la pandémie, et ils en ont déduit (trop facilement) qu’aucune autorité ne pouvait surpasser leurs caprices.
Mais sans leur donner raison, quelques fois on se prend aussi à désespérer quand on voit combien l’absence de réflexion a fait son chemin, jusqu’à ceux qui sont censés nous diriger, et ce, partout en Occident.
« Malheur au pays dont le roi est un enfant », disait l’Ecclésiaste. Mais c’est un texte certainement trop vieux, lui aussi !
Les classes aisées ne s’y trompent pas, elles !
Le 25 septembre dernier, le Gouvernement français a publié un communiqué de presse sur l’exposition des enfants aux écrans, dans le cadre de l’étude sur l’enfance appelée Enabee... [1]
Ce qui en ressort, vous le savez déjà : plus un enfant est de catégorie sociale élevée, moins il est exposé aux écrans dès son jeune âge... exactement comme dans la Silicon Valley en Californie, le cœur du progrès numérique.
Donc les classes les plus aisées savent qu’il n’y a rien de mieux pour les enfants que d’apprendre à lire dans des livres, à écrire avec des stylos, et à être le centre de l’attention de vrais êtres humains en chair et en os.
D’ailleurs, le Gouvernement danois en est lui aussi venu aux mêmes conclusions, après s’être enorgueilli d’être l’un des pays européens où l’école était la plus numérisée.
Il vient d’ailleurs d’interdire l’accès aux réseaux sociaux aux moins de 15 ans [2].Une décision qui doit manquer de fraîcheur pour ceux qui croient encore à la celle de la pensée enfantine spontanée...
Une revanche à prendre ?
Vous me direz : il y a maintenant deux écoles, au sens propre comme au sens figuré.
Dans l’école privée, réputée bourgeoise, on essaie de donner aux enfants un bagage intellectuel, au moins suffisant pour assurer la perpétuation du patrimoine familial, voire son accroissement.
Cette transmission n’est pas totalement gratuite, au sens moral du terme : vous avez moins de souci à vieillir dans une famille aisée que dans une famille appauvrie.
Mais il y a désormais le point de vue de nombre d’enseignants actuels qui, comme ma détractrice, considèrent que toute discipline donnée à l’enfant est abusive – une vieillerie dans le meilleur des cas, un "fascisme" quand ils sont énervés.
Je ne vois rien de plus cruel que cela : je pense que ces enseignants, comme tant de professionnels au contact de la jeunesse (psychologues, orthophonistes...), ne veulent enseigner aucune discipline pour être sûr de dominer les générations à venir sans fournir le moindre effort.
Il n’y a là aucun amour pour l’enfance, ni pour l’innocence, de mon point de vue. Et nous nageons même dans l’incompétence professionnelle.
Tous responsables, tous coupables !
Ce qui me semble plus grave est que chez les personnes qui professent ce type de dogmes – si courant chez le corps enseignant le moins âgé – c’est qu’ils n’ont pas conscience de ce que les classes aisées savent instinctivement, et dont j’ai parlé plus tôt.
À savoir que vos enfants tendront à s’occuper de vous comme vous vous êtes occupés d’eux. Et que si vous les avez laissés devenir n’importe quoi, rien ne s’opposera au fait qu’ils vous rendent la pareille.
D’ailleurs, il n’y a qu’à voir l’ingratitude caractéristique des enfants qui n’ont reçu aucune discipline...
Certes, dès la sortie des téléphones intelligents, nous avons complètement été dépassés par la technologie. Mais le Danemark, en interdisant les réseaux sociaux aux moins de 15 ans, nous montre aujourd’hui que ce n’est pas irréversible.
Apprivoiser la technique, ça s’appelle la culture, et il n’est jamais trop tard pour la faire prévaloir. Après tout, c’est notre avenir à tous qui en dépend...
Prenez soin des générations futures, elles en valent la peine. Et n’hésitez pas à me dire de ce que vous pensez de tout cela.
Fiers de ne pas réfléchir