Chère lectrice, cher lecteur,
Avez-vous entendu parler de Qare ?
Derrière la référence à l’anglais care, qui signifie "prendre soin de", "avoir souci de", il s’agit d’un service de télémédecine qui commence à faire beaucoup de publicité en France.
Certes, l’entreprise était originellement française, mais elle a été rachetée il y a quatre ans déjà par une entreprise britannique. Elle n’est donc plus française en tant que telle.
Et ce, bien qu’ils arborent fièrement le logo du ministère de la Santé en guise de preuve de leur homologation...
Pourtant, malgré son site fort joli, et la justification qu’elle donne de son existence - 10% des Français seraient, selon lui, sans médecin traitant - cette entreprise pose question.
En outre, elle n’est pas si solidement installée, puisqu’en 2024, elle était encore largement déficitaire, à raison de plus de 8 millions d’euros [1].
Même si ce déficit baisse d’année en année, l’entreprise n’arrive pas encore à dégager des bénéfices et a retiré le service qu’elle proposait en pharmacie dès 2022.
Il faut croire que la télémédecine n’est pas si populaire...
La privatisation de la médecine ? Une évolution mortelle...
La télémédecine nous est présenté comme une solution d’avenir à un problème que le passé n’aurait jamais dû laisser se produire...
En effet, rappelons-nous que c’est Alain Juppé qui, premier ministre en 1995, a décidé de réduire drastiquement le nombre de médecins sortant des universités afin de réduire la consommation médicale des Français...
C’est bien l’idée la plus perverse qu’un premier ministre français ait jamais eue.
Mais certainement, après le traité de Maastricht et les accords de Schengen, la privatisation de la médecine était déjà dans les tuyaux.
Ce qui signifie que, sous prétexte de rendre un meilleur service au consommateur par une concurrence efficace entre les différents acteurs privés, les hauts fonctionnaires français prévoyaient un désengagement de l’État dans le secteur de la santé.
Ce genre de mesure fut complètement contre-productif : non seulement nous avons vu des enfants mourir, comme à Carhaix en 2024, faute d’avoir les hôpitaux suffisants.
Mais il est apparu évident qu’un secteur comme celui de la santé était trop sensible pour être entièrement laissée au privé.
En effet, lorsque les gens sont dans des situations critiques, et elles peuvent désormais durer fort longtemps, ils sont prêts à débourser beaucoup pour rester en bonne santé.
Cela explique par exemple les prix exorbitants que les soins coûtent aux Etats-Unis, malgré une offre pléthorique.
Pourtant, ça n’a pas empêché l’accélération de la privatisation de la santé en Europe, dont on découvrait déjà les effets mortels durant la pandémie... [2]
Maintenant, pour pallier les problèmes causés par la privatisation, on propose une offre privatisée, en principe plus pratique mais qui crée en réalité des problèmes sérieux.
Les retraités pourront se faire voir à distance
Vous avez d’un côté les retraités et de l’autre les actifs.
Les retraités ont besoin d’écoute pour l’essentiel. Leurs problèmes sont souvent multiples, complexes. Ils veulent des conseils de vie autant que des ordonnances.
Bref : ils veulent un suivi. Et la télémédecine ne le leur donne pas.
Il est déjà difficile de parler de ses problèmes dans un cabinet de consultation, alors à travers un écran, dans un domicile qui n’est pas toujours bien isolé, avec des appareils électroniques qu’on entend souvent mal.
Où passe la confidentialité ? Où passe la confiance ?
Sans compter qu’il faut que des gens utilisent un système qui est loin d’être aussi pratique et ergonomique qu’il le prétend. Quand vous avez 80 ans, vous avez d’autres soucis que d’apprendre à utiliser de nouveaux outils numériques...
Mais il y a les déserts médicaux, et l’on vous dit que cela palliera cet insoluble problème... Hallelujah au plus haut des cieux ? Et puis quoi encore ?
Nous l’avons bien compris : au lieu d’avoir des médecins expérimentés qui les comprennent et les écoutent, les retraités auront des médecins tout juste sortis de la fac (voire bientôt des simulacres en intelligence artificielle) qui expédieront leurs problèmes courants le plus vite possible.
Est-ce pour cela que les retraités ont travaillé toute leur vie ? Est-ce pour un système de santé expéditif et glacial ?
Certainement pas. Ils comprennent bien que ces joujoux ne font que remplacer l’efficacité à laquelle ils ont droit et dont ils ont été injustement spoliés.
Les actifs rincés ? Pas pris en charge
L’autre public visé par la télémédecine, ce sont les actifs. Et leur vie n’est pas simple sur un marché du travail devenu concurrentiel au dernier degré, où ils sont habituellement rincés jusqu’à ce qu’ils n’en puissent plus.
Par conséquent, le recours à la télémédecine n’est pas vraiment ce qui leur faut. Car eux aussi ont besoin d’écoute, mais ils ne s’en laissent pas le temps.
Le recours à la télémédecine, de ce côté-là, servira donc essentiellement :
- À cacher des maladies graves, physiques comme psychologiques, en obtenant un diagnostic superficiel.
- À obtenir exagérément des arrêts maladie.
- À obtenir des psychotropes ou divers antidouleurs qui peuvent rendre fortement addict.
- À obtenir des antibiotiques.
Ces quatre raisons posent indubitablement des problèmes de santé et d’intérêt public...
Une grave dépression ou une maladie particulièrement contagieuse peut avoir des conséquences tragiques pour le reste de la société : un fou qui s’en prend à n’importe qui dans la rue ou à sa famille, une épidémie qui se déclare...
Quant aux arrêts maladie, ils peuvent détruire des carrières entières, comme des petites entreprises. L’abus de psychotropes conduit fréquemment à des actes désespérés...
Et l’antibiorésistance est un danger qui pèse sur l’humanité entière ! Car lorsqu’il n’y aura plus d’antibiotiques fonctionnels, la médecine reviendra plus d’un siècle en arrière...
La solution était là, mais elle ne rapportait rien...
Pour contrer ces effets négatifs, c’était pourtant très simple : à côté d’une médecine d’élite, celle des concours, il suffisait de proposer une médecine accessible à un plus large public et qui ne serait sanctionnée que par des examens.
Il suffisait aussi de ne pas baisser les investissements dans l’hôpital, et de ne pas le surcharger avec des systèmes aussi follement dépensiers que l’AME, qui donne lieu au tourisme médical dont profitent aussi bien les Américains que les... Géorgiens !
Mais comprenez bien que l’oligarchie européenne aurait cessé de s’enrichir sur le dos des citoyens qui avaient un système efficace et fonctionnel.
Et laisser le peuple en avoir pour son argent, sous le régime de la commission de Bruxelles, c’est criminel.
Espérons que nous arriverons à imposer à nouveau des solutions raisonnables avant qu’il ne soit trop tard...
[1]https://www.pappers.fr/entreprise/qare-823634910
Téléconsultation : un pansement sur une jambe de bois